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Peut-on contrecarrer le FMI en Afrique grâce aux accords bilatéraux de swaps de devises Chinois ?

Part 2 : Quels enseignements pour la souveraineté
économique de l’Afrique et de la Tunisie ?

Cet article se propose d’analyser un outil monétaire à savoir les swaps de devise BCS, et d’évaluer de manière critique le potentiel de diversification financière des BCS.
Dans la première partie de cet article, nous avons expliqué le fonctionnement des BCS leurs avantages et leurs limites, et les conditions de leur succès.

L’étude a été menée sur les BCS chinois afin d’en tirer des enseignements et de formuler des recommandations stratégiques destinées aux décideurs africains, dans l’objectif de renforcer la résilience économique du continent et de réduire sa dépendance vis-à-vis du FMI. Cette deuxième partie se consacrera à une analyse, plus approfondie des BCS conclus entre la Chine et certains pays africains. À travers l’étude d’exemples concrets de swaps de devises, nous chercherons à dégager des perspectives stratégiques pour un déploiement efficace de ces mécanismes BCS pour les pays africains, avec une attention particulière portée au cas de la Tunisie.


Alors que de nombreuses nations africaines, à l’instar de la Tunisie, se débattent dans des crises économiques multiformes, les négociations avec le Fonds Monétaire International (FMI) cristallisent les débats sur la souveraineté économique. Face à une dépendance jugée insoutenable envers les institutions financières internationales, une question centrale émerge : comment construire des alternatives viables pour pallier les vulnérabilités financières et réduire l’exposition à l’hégémonie perçue du FMI ?
Dans ce contexte de multipolarité, marqué par la compétition sino-américaine, les Bilateral Currency Swaps (BCS) se profilent comme une option stratégique prometteuse. Ces accords, qui permettent à deux banques centrales d’échanger des devises, offrent un mécanisme de diversification de l’accès aux liquidités en devises étrangères et de stabilisation des taux de change. De plus, ils peuvent servir d’outil de dé-dollarisation, réduisant la dépendance aux réserves en dollars et offrant une alternative crédible aux financements traditionnels. Ces outils contribuent ainsi à mettre en concurrence les bailleurs de fonds internationaux, renforçant la position de négociation des pays africains.


Cependant, le déploiement de ces swaps en Afrique, et notamment l’intégration des accords chinois, se heurte à des enjeux complexes, allant des contraintes imposées par les unions monétaires régionales aux défis structurels inhérents à la dynamique économique du continent. Bien que les swaps puissent soulager temporairement la pression sur les réserves de devises, ils ne peuvent à eux seuls résoudre les causes structurelles de cette dépendance. De plus, leur évaluation est rendue difficile par l’opacité des termes négociés et l’interférence avec d’autres interventions financières, comme celles du FMI ou les investissements directs chinois. Cet article se propose d’analyser en profondeur le potentiel des BCS. Il
évaluera leur efficacité et identifiera les freins à leur développement. Nous examinerons également pourquoi la Tunisie, en particulier, pourrait trouver dans ces accords un levier stratégique pour renforcer sa résilience économique et affirmer sa souveraineté financière face aux pressions extérieures, tout en considérant les risques potentiels, comme l’extractivisme lié aux ressources naturelles.