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Le quatrième âge de l’émigration : une enquête auprès des familles des disparusLe quatrième âge de l’émigration : une enquête auprès des familles des disparusLe quatrième âge de l’émigration : une enquête auprès des familles des disparus

Recherche par Montassir Sakhi, Wael Garnaoui
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Introduction

Dans cet article, nous nous proposons d’étudier les structurations et les implications d’un « nouvel âge de l’émigration », que nous situons à partir de 1995, date marquant l’entrée en vigueur des accords de Schengen. Ceux-ci, en consolidant la libre circulation au sein de l’espace européen, ont instauré une interdiction et une limitation de la mobilité à l’encontre des populations issues des anciennes colonies. Inscrit dans la continuité des analyses d’Abdelmalek Sayad[1], cet article met en lumière les nouveaux rapports de domination qui se sont établis entre sociétés anciennement colonisées et métropoles européennes, reposant sur la gestion des frontières et le contrôle des flux migratoires.

Le propos présent peut se résumer ainsi : depuis 1995, les mouvements migratoires en provenance des anciennes colonies vers l’Europe sont soumis à une politique de visas qui, tout en remplaçant l’ancienne domination coloniale, en perpétue les objectifs fondamentaux, à savoir le contrôle des sociétés du Sud et la mobilité de leurs populations. En administrant les flux migratoires et en renforçant les frontières au point de les rendre meurtrières, cette politique produit des effets profonds et des fractures majeures au sein des sociétés concernées, conséquences directes de cette nouvelle gestion frontalière. En effet, dans une économie globale, cette nouvelle ère des relations Nord-Sud constitue un dispositif inédit de gouvernement, articulé autour de deux axes principaux : la régulation de la mobilité humaine et le contrôle des marchandises. Ce dispositif réduit les économies des pays du Sud à un état de sous-développement structurel, en les cantonnant au rôle de fournisseurs de main-d’œuvre sélectionnée, de « cerveaux » formés dans les universités des jeunes Etats-nations dans le sud et de ressources naturelles brutes pour les économies du Nord.

Une précision méthodologique avant d’entrer dans le vif doit être énoncée : Pour cerner les caractéristiques de ce « nouvel âge de l’émigration », nous avons choisi de restreindre notre étude aux rapports migratoires entre l’Europe et les sociétés du Maghreb, deux terrains d’analyse qui nous sont familiers et dans lesquels nous avons déjà mené plusieurs recherches[2]. Cet article s’appuie notamment sur des enquêtes menées auprès des familles des disparus, afin d’identifier les spécificités de cette ère migratoire, qui redéfinit également les relations entre anciens États coloniaux et sociétés post-indépendantes. À travers l’expérience des familles des morts et disparus, victimes des frontières européennes, nous analysons les mécanismes de domination instaurés par les dispositifs frontaliers, ainsi que les formes de résistance émergentes au sein de collectifs de familles, loin des organisations politiques traditionnelles.

Nous formulons l’hypothèse que nous vivons actuellement « un quatrième âge de l’émigration », caractérisé par l’attrait des frontières européennes, qui déstabilise profondément les communautés locales dans le Maghreb, et le Sud global en général. Incapables de mettre en œuvre une politique de préservation de leurs membres, les sociétés maghrébines font face à des phénomènes inédits, tels que l’incapacité à identifier et à enterrer leurs morts exposés à la répression des politiques frontalières du Nord. Cette impuissance s’inscrit dans le contexte de politiques migratoires criminelles, menées par les anciens États coloniaux. Par ailleurs, ces politiques, dissimulées derrière des discours populistes d’extrême droite ou des discours philanthropiques, occultent la responsabilité des États dans les massacres de migrants, dont les traversées sont criminalisées par les législations des pays de destination et de transit. Elles combinent un droit ordinaire et un droit d’exception, des technologies létales et une indifférence implacable face à la mort, produisant ainsi des drames humains d’une ampleur sans précédent.

Si l’attrait pour les pays industrialisés et les démocraties libérales existe depuis « le deuxième âge de l’émigration »[3], tel qu’étudié par Abdelmalek Sayad, il s’inscrivait alors dans le contexte particulier de l’urbanisation et de la modernisation introduites dans les anciennes colonies, poussant ainsi des membres de ces sociétés à chercher un ailleurs où la force de travail est davantage utile[4]. Aujourd’hui, « le quatrième âge de l’émigration », dans lequel nous nous trouvons, s’articule autour d’une dynamique différente : le désir de s’installer dans les pays européens s’exprime désormais en miroir de la répression frontalière et des politiques de sélection migratoire.

Cet âge marque l’avènement de la « forteresse Europe/Occident », construite notamment à travers les régimes de visas qui interdisent la libre circulation. Cette forteresse entretient une supériorité multiforme – technologique, raciale, organisationnelle et symbolique. Les principes de fermeture et de sélection deviennent les piliers d’une politique migratoire hiérarchisante, qui opère selon deux dimensions principales. Premièrement, cette politique distingue les vies dignes de circuler – sous conditions de visas et d’exigences d’intégration dans la nation – de celles qui meurent sur les frontières, ou qui peinent à « faire les papiers ». Deuxièmement, elle établit une ligne de démarcation plus large entre les sociétés du Nord, souveraines et détentrices des « frontières sacrées », et celles du Sud, dont les frontières ne valent que dans la mesure où elles servent de barrières et couches supplémentaires pour protéger l’Europe.

Dans un premier temps, les singularités du quatrième âge de l’émigration fera l’objet d’une description minutieuse. Cette démonstration suivra un objectif simple à formuler : établir un diagnostic global permettant de réintroduire la dimension conflictuelle dans la gestion migratoire imposée par le Nord et d’en révéler les conséquences désastreuses sur les sociétés du Sud. Ce diagnostic constitue un premier pas essentiel vers une relation plus équilibrée, respectueuse et égalitaire entre le Nord et le Sud.

Ensuite, il s’agit d’explorer le code d’une politique conflictuelle à l’endroit de l’Etat, engagée par des familles blessées par la disparition. Face à l’incapacité d’accomplir un deuil tant la vérité de la mort n’est pas actée par les Etats du sud qui sont démissionnaires, les familles s’accrochent par la lutte et la manifestation dans l’espoir de mener des recherches et de trouver leurs enfants morts ou vivants.

Par ailleurs, nous nous pencherons sur les mots des familles qui, contrairement aux études dominantes, ne séparent pas conditions matérielles du vécu et luttes pour la vérité : l’enquête sur les familles est aussi une enquête sur le réel, ayant vu partir au risque de la mort leurs enfants. De même, en s’engageant politiquement, loin de toute esthétisation, les familles favorisent des luttes concrètes et urgentes comme l’identification par ADN des corps. L’article montre la manière avec laquelle cette revendication constitue au fond un appel pour une politique publique qui refuse d’exister.

Enfin, l’article est conclu par un long entretien réalisé avec Imed Soltani, leader en Tunisie d’une politique singulière de la représentation mais incarnant et traduisant tant la souffrance que les luttes des familles face aux frontières de l’Europe.

Un nouvel âge de l’émigration

Pour comprendre la spécificité du nouvel âge de l’émigration ouvert en 1995 et que nous explorons à partir de l’étude des rapports migratoires entre le Maghreb et l’Europe, il importe de préciser la nature des âges qui le précèdent. Sayad rappelle que le premier âge de l’émigration « ordonnée »[5] commence avec la colonisation (1830 en Algérie, 1881 en Tunisie, 1912 au Maroc, etc.) et prend fin  avec l’affirmation de la supériorité de la Métropole industrielle vis-à-vis des territoires colonisés. Ce premier âge est marqué à ses yeux par une capacité des villages – de la communauté solidaire du village – à neutraliser des effets désintégrateurs de l’immigration. Le deuxième âge s’ouvre, en revanche, par une « perte de contrôle »[6] de la communauté paysanne sur l’émigration de ses membres conduisant à une désintégration et à une « dépaysannisation »[7] synonyme d’une individualisation dans la société de l’immigration. Le deuxième âge se clôture par la généralisation des rapports de l’émigration dans l’ensemble du pays colonisé (l’Algérie dans son cas d’étude) et la constitution, au sein de la Métropole d’une « structure permanente »[8] de l’immigration et d’une « sorte de petites « sociétés de compatriotes » »[9] du fait que, malgré l’autonomisation des immigrés, persiste le « sentiment du provisoire » et du « transit »[10] tout en s’établissant en communauté.

Avec les nouvelles générations des enfants des migrants, on assiste à l’émergence du « troisième âge ». Il est marqué aux yeux du sociologue franco-algérien par des logiques d’une communauté qui est doublement autonomisée – à la fois vis-à-vis de la société de l’émigration des parents (les anciennes colonies) et de la société de l’immigration (la France et plus généralement l’Europe), hiatus qui va donner naissance aux débats politiques sur le thème de « l’intégration » alimentés jusqu’à plus soif par les discours nationalistes en Europe.

Ce bref détour par l’analyse sociologique de Sayad nous permet de relever, par contraste, quelques traits caractéristiques de la séquence qui s’ouvre en 1995, date majeure selon nous, comme c’était mentionné précédemment, d’une mutation « catastrophique »[11] des politiques migratoires. La nouvelle séquence du quatrième âge serait marquée par plusieurs caractéristiques que nous résumons ainsi :

Premièrement, c’est l’âge où les populations émigrées en provenance de l’ancienne colonie sont confrontées à une politique publique tentaculaire continuellement alimentée par des dispositifs de restriction de la mobilité. À chaque élection ou événement politique majeur (guerre, attentat terroriste, crise diplomatique avec un pays du Sud, etc.), ces mesures se renforcent, affectant particulièrement les populations émigrées en provenance des anciennes colonies et leurs enfants. Comparée à l’âge précédent, où les visas n’étaient pas encore généralisés, cette politique impacte profondément la mobilité des populations du Sud et modifie aussi bien les rapports entre les membres des sociétés d’origine que les conditions d’installation des migrants dans les pays d’accueil. Par exemple, le regroupement familial, initialement conçu pour favoriser la réunification des familles de travailleurs immigrés, a paradoxalement marqué la fin du droit à une installation à cheval et transitoire entre le pays d’origine et le pays de travail – ce que nous appelons le droit à « une double présence ». Il a contraint les familles à s’établir en Europe, tout en verrouillant par le visa l’accès provisoire qui garantissait autrefois une connexion permanente avec le pays d’origine.

Cette politique frontalière restrictive impose une gestion omniprésente de l’émigration et de l’immigration, modifiant profondément les identités individuelles et les relations d’appartenance familiale, communautaire et nationale. Elle réduit les choix des migrants et des communautés, les exposant à des itinéraires dangereux (immigration clandestine) et à des injonctions répressives (centres de rétention, clandestinité en attente de régularisation, séparations familiales, sentiment de persécution dans une société inhospitalière, etc.). Parmi ces dispositifs, citons les visas, les titres de séjour, les critères de naturalisation, la déchéance de nationalité ou encore les expulsions.

Deuxièmement, le nouvel âge de l’émigration prive également les sociétés du Sud de leurs élites, engendrant une double mutilation. D’une part, la politique migratoire européenne, en opérant une sélection stricte, exerce une pression sur ces élites. Le visa, ouvert temporairement pour de vastes catégories sociales, contraint les individus à saisir rapidement les opportunités qu’il offre, entraînant un exode massif des talents[12]. D’autre part, les élites du Sud, attirées par l’Europe, perdent leur capacité à contribuer à l’élaboration d’une politique nationale indépendante, érodant ainsi le rêve d’autonomie qui animait les luttes anticoloniales[13]. Le départ précipité des membres de la bourgeoisie du sud, dicté par la logique des frontières sélectives, réduit cette classe au rôle du spectateur aliéné par les décisions politiques émanant des anciens pays coloniaux. Dans ce contexte, nous l’avons déjà mentionné[14], la bourgeoisie du Nord, héritière des structures coloniales, reste dominante. Par le contrôle des frontières, elle impose sa culture et ses valeurs comme des références hégémoniques. Cependant, malgré cette identification, les élites et les classes moyennes du Sud subissent la dévalorisation induite par les régimes de visas. Elles sont contraintes d’investir dans la « liberté de circulation » de leurs membres, un effort qui se traduit par une émigration vers le Nord, acte qui constitue en soi une forme de mutilation de la société postcoloniale.

Troisièmement, la pression exercée sur les sociétés d’émigration, amplifiée par des politiques de sélection et de fermeture inédites, s’incarne tragiquement dans le spectacle de la mort et de la disparition. Cette réalité touche particulièrement les populations les plus fragiles et les couches populaires, donnant lieu aux phénomènes du hrig/harqa (migration irrégulière) et à une série de tragédies sur diverses routes migratoires : Les traversées périlleuses en Méditerranée vers l’Europe ou en Atlantique vers les îles Canaries ; les itinéraires terrestres dangereux, comme les routes des Balkans ou le désert du Sahara menant aux pays de transit ; les tentatives désespérées de franchissement des enclaves de Ceuta et Melilla, où les barbelés symbolisent la violence de ces frontières. Ces morts massives, conséquences des accords de Schengen, produisent au sein des sociétés de départ des effets dévastateurs : souffrances communautaires liées à la mutilation de la communauté et au deuil prolongé et inaccompli des familles des disparus, renforcement d’un désir trans-classe pour l’Occident et un profond sentiment d’infériorité face à la puissance du Nord.

La question de la mort, centrale dans cette gestion frontalière, renvoie à une logique guerrière que les sociétés européennes peinent à reconnaître. Cet habitus guerrier[15], fondé sur un évitement historique des responsabilités, s’inscrit dans une longue tradition d’acceptation implicite des violences structurelles : du silence sur les guerres coloniales à l’évitement des débats sur la destruction de la Palestine ou de l’Ukraine, jusqu’à l’indifférence face aux morts aux frontières. Ce déni se traduit dans les discours officiels, où la responsabilité est rejetée sur des acteurs de l’immigration, aux figures floues comme les « bandes de trafiquants », masquant ainsi la réalité d’une guerre institutionnalisée menée contre les migrants.

Quatrièmement, depuis 1995, le resserrement des frontières, désormais infranchissables sans visa ou au péril de la mort, a profondément modifié les rapports entre les migrants et leurs pays d’origine. Cette fermeture engendre des séparations douloureuses, empêchant les déplacements (y compris des descendants et des descendants de migrants) pour des événements importants dans la vie des individus et de la collectivité tels que l’enterrement de ses propres parents[16], les mariages, les naissances[17], ou les fêtes religieuses. Les migrants régularisés et les familles fortunées, pouvant obtenir un visa, deviennent les seuls à pouvoir maintenir des liens transfrontaliers – à condition que le pays du Sud ne tombe pas dans la sanction des gouvernements des pays du Nord. En revanche, la majeure partie des autres classes restent bloquée, coupée de leurs proches, ce qui fragilise davantage les relations intergénérationnelles, notamment entre les enfants de migrants et leurs grands-parents.

Cette modification autonomise l’ancienne « société de compatriotes » en séparant plus que jamais ses membres immigrés du pays d’origine par le biais même de séparer par exemple enfants de migrants de leurs grands-parents faisant face aux vicissitudes du visa difficile et parfois impossibles d’accès. Plus qu’une désorganisation des rapports des migrants et des sociétés d’origine due aux politiques de « l’intégration » émergeant depuis le « regroupement familial » et l’installation du visa, c’est le sentiment de l’infériorité et de la marginalité qui domine dès lors dans les milieux de la communauté des immigrés. Ce que la sociologie alarmiste de l’islam des banlieues au sujet des marqueurs symboliques de l’islam traite sous le signe de la « radicalisation » est un évitement de prise au sérieux de la frontiérisation. C’est bien à l’intérieur de cette nouvelle séparation que culmine un malheur que la sociologie des banlieues refuse de regarder et qui s’exprime, dans certains espaces et chez des populations souvent assez jeunes, par un rejet du discours de l’intégration et par la cultivation d’une imagination mythifiée sur la société et la religion du pays d’origine[18]. Ce quatrième point n’est pas sans lien avec un autre relatif à la contestation parmi les enfants des immigrés de cette nouvelle fermeture. C’est l’âge où les générations de l’immigration postcoloniale, après l’expérience de l’intégration, de la binationalité et de la lutte pour l’affirmation de la différence fait face à une nouvelle phase d’attaques identitaires et politiques. Ces attaques multiples – de la déchéance de la nationalité aux pratiques islamophobes – ne cessent d’augmenter dans le sillage des lois antiterroristes et de la montée de l’extrême droite en Europe, se légitimant par les lois sur l’immigration et l’asile. C’est l’âge où ces nouvelles générations expérimentent des politiques de luttes, allant des contestations juridiques à l’exit et le retour aux pays d’origine des parents

Cinquièmement, face à cette réalité, la contestation de l’ordre gouvernemental de l’immigration s’organise de manière intime, sous-terraine et non reconnue par les instruments traditionnels de la mobilisation (partis, syndicats, associations établies, etc.). À la pointe de cette contestation du régime de la frontière, il faut distinguer les « clandestins », les candidats de l’émigration clandestine et les familles des disparus. Ils forment la critique – à la fois individuelle et organisée en mouvement – de la nouvelle séquence qui s’ouvre en 1995. Il s’agit d’un âge de l’émigration où, face à la pratique conservatrice des gouvernements des anciens Etats coloniaux[19], l’acte ultime de la dissidence consiste à « brûler » les frontières de la forteresse et organiser l’ensemble des solidarités et des luttes qui émergent de cet acte : l’organisation des migrants et les solidarités pour la traversée de plus en plus dangereuse, les luttes des familles pour l’identification des corps et pour la vérité sur la disparition, les luttes des collectifs sans-papiers pour les régularisations, les solidarités se tissant autour de l’accueil des migrants indésirables, les luttes contre la criminalisation de l’émigration, etc.

Ces phénomènes témoignent d’un âge où la frontière n’est plus seulement une ligne géographique, mais un instrument de domination systémique, redessinant les rapports Nord-Sud et imposant aux sociétés du Sud un cadre de dépendance et de marginalité. Ce quatrième âge de l’émigration est ainsi marqué par une double dynamique : la violence exercée sur les corps et les identités, et l’émergence de résistances qui, malgré les obstacles, cherchent à redonner un sens à la mobilité et à la dignité humaine scandée, entre autres moments, dans les printemps arabes de 2011.


[1] Sayad, Abdelmalek, La double absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré, Paris, Le Seuil, 1999.

[2] Garnaoui, W ; Sakhi, M ; Giglioli, I, « Méthodes d’enquête ethnographique, regards, croisés sur le sud global », Revue De l’Institut Des Belles Lettres Arabes86(232), 2024, 105-130. https://ibla.tn/index.php/ibla/article/view/427

[3] Sayad, Abdelmalek, La double absence., op, cité.

[4] Giraud, Pierre-Noël, L’homme inutile. Une économie politique du populisme, Odile Jacob, 2015.

[5] Sayad, Abdelmalek, La double absence., op, cité, p. 68

[6] Sayad, Abdelmalek, La double absence., op, cité, p. 77

[7] Ibid, p. 78

[8] Ibid, p. 110

[9] Ibid, p. 111

[10] Ibid, p. 112

[11] Nous renvoyons aux débats de J.J. Rousseau et de Voltaire sur la notion de « Catastrophe » et que nous pouvons résumer, dans la modernité politique, à une prise de conscience quant à la responsabilité des politiques dans ce qui parait comme relevant du naturel (le naufrage et la disparition à la frontière dans notre cas). La répétition de la catastrophe est dans ce sens un déni de responsabilité des gouvernements. Pour une introduction au débat sur le concept de « Catastrophe », voir : Christian Godin, « Ouvertures à un concept : la catastrophe », Le Portique [En ligne], 22 | 2009, mis en ligne le 10 novembre 2010, consulté le 19 mai 2025. URL : http://journals.openedition.org/leportique/1993 ; DOI : https://doi.org/10.4000/leportique.1993

[12] Voir à titre d’exemple le rapport de l’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques, Adel Ben Youssef ; M. Mounir Dahmani ; Mohamed Mabrouki, LA FUITE DES CERVEAUX PARMI LES INGÉNIEURS EN TUNISIE : CAUSES, CONSÉQUENCES ET PROPOSITIONS DE POLITIQUES ÉCONOMIQUES, Juin 2024 https://www.admin.ites.tn/api/uploads/6682a454a5b34162629a93c6_0.pdf

Voir également : BENABDALLAH Z. & CHEKROUNI D. (2022) «L’émigration des personnes qualifiées du Maroc: une analyse empirique», Revue Internationale du Chercheur «Volume 3 : Numéro 2» pp : 76 – 94

[13] Fanon, Frantz, Les damnés de la terre, Maspero, Paris, 1961.

[14] Sakhi, M et Garnaoui, W, « La fabrique du désir de l’Occident frontiérisé », Revue De l’Institut Des Belles Lettres Arabes, 86(232), 2023, 189-209. https://ibla.tn/index.php/ibla/article/view/47

[15] Elias, Norbert. Les Allemands. Luttes de pouvoir et développement de l’habitus aux XIXème et XXème siècles, Seuil, 2017

[16] Dans nos entretiens et observations auprès des immigrés devenus sans papiers en France et en Belgique, nous avons rencontré de nombreuses situations où des personnes ne se sont pas rendues à l’enterrement de leurs parents par exemple. Certaines d’entre eux sont des étudiants n’ayant pas obtenu, pour des raisons absurdes, des papiers. Repartir au pays sans carte de séjour étant synonyme de s’exposer aux alias de la demande de visa et au risque de refus.

[17] Wael Garnaoui, « Les politiques de visa et les traumatismes de l’immobilité », Rosa-Luxemburg Stiftung Publications, 27 mai 2024, https://rosaluxna.org/fr/publications/les-politiques-de-visa-et-les-traumatismes-de-limmobilite/

[18] Olivier Esteves, Alice Picard, Julien Talpin, La France, tu l’aimes mais tu la quittes. Enquête sur la diaspora française musulmane, Seuil, Paris, 2024.

[19] Nous soutenons que la volonté d’établir des politiques d’administration des frontières face à la mobilité appartient à une tradition conservatrice obnubilée par l’idée même du gouvernement. Elle est conservatrice non pas dans le sens libéral de la tradition stato-moderne qui, de Hobbes à Weber en passant par Montesquieu théorise l’Etat de droit sur la base du monopole de la violence, mais plutôt au sens du gouvernement fasciste qui trouve son incarnation dans des régimes ayant marqué l’Europe du siècle passé et se fondant sur la pureté de l’idée de gouvernement par une rationalité sans besoin de justification. Une définition de cette pensée fasciste peut être donnée par Mussolini : « Notre programme est bien simple, nous voulons gouverner l’Italie. On nous interroge toujours sur nos programmes. De tels programmes, il y en a déjà bien trop. Pour le salut de l’Italie, ce ne sont pas des programmes qui sont nécessaires, mais des hommes et une puissance de volonté » (cité par Karl. Mannheim, Idéologie et utopie, Ed. de la Maison des sciences de l’homme, 2006 [1929], p. 111), (Reden [discours], édité par H. Meyer, Leipzig, 1925, p. 105. Cf. aussi p. 134 sq.).